La parution au Journal officiel du 3 novembre 2005 d’un arrêté modifiant les conditions définissant la qualification des cheptels bovins vis-à-vis de la brucellose intervient après plusieurs semaines d’incertitude.
Après l’obtention, au cours de l’été, du statut indemne de brucellose pour l’ensemble du territoire français, la directive européenne 64/432 autorisait la qualification des cheptels sur la base d’un ring test annuel en troupeau laitier et du contrôle sérologique de seulement 20 % des cheptels bovins allaitants.
Le ministère de l’Agriculture a alors demandé un avis à l’ Afssa sur un échantillonnage différent : le contrôle sérologique de 20 % des animaux de tous les troupeaux allaitants chaque année. Un avis favorable a été rendu le 15 septembre et fonde la rédaction de l’arrêté qui vient d’être publié.
Cette mesure n’ayant pu être intégrée dans le logiciel SIGAL cette année, en raison de son caractère précipité (intercurrent avec le début de la campagne), le choix des 20 % de bovins sera fait pour cette campagne 2005/2006 par le vétérinaire sanitaire, suivant les recommandations de l’ Afssa : à titre d’exemple, les taureaux de reproduction, les animaux introduits dans l’année seront prélevés en priorité…
En revanche, les modalités de tri des bovins pour la campagne 2006/2007 ne sont pas définies et apparaîtront complexes, si le choix des bovins à prélever est fait par le logiciel, ne laissant qu’une étroite marge de manœuvre au vétérinaire réalisant les prélèvements.
Concrètement, dés cette campagne, plusieurs cas de figure se présentent :
* cheptels laitiers, pas de changement pour les vétérinaires sanitaires, le rythme des analyses est allégé ;
* cheptels allaitants engagés dans une qualification pour une maladie non réglementée (IBR, paratuberculose…) : la totalité des bovins de plus de 24 mois est prélevée, les modalités de tri des tubes au laboratoire selon le type d’analyses à effectuer restent à définir ; seule l’analyse brucellose de 20 % des échantillons est requise ;
* cheptels allaitants, sans qualification additionnelle : le prélèvement sérologique est effectué sur 20 % des bovins de plus de 24 mois, avec un minimum de 10 échantillons et, pour cette année, le libre choix orienté du vétérinaire sanitaire.
Si cet allègement s’inscrit dans la logique de la suppression des dépistages systématiques ayant perdu leur justification, il convient de souligner les points suivants :
* l’arrêté est publié à une date postérieure à la tenue des réunions bipartites fixant les tarifs d’interventions des vétérinaires sanitaires ;
* la complexité technique des interférences avec la prophylaxie de la leucose et l’IBR n’est pas sans laisser perplexe les directeurs des laboratoires départementaux;
* la précipitation dans laquelle cet allégement est mis en place ne correspond pas aux engagements du ministre de l’Agriculture de mai 2004 sur les réflexions collégiales nécessaires à l’évolution de la politique sanitaire.
En raison de cette analyse, le SNVEL a communiqué, début octobre 2005, à ses délégués départementaux et représentants aux commissions bipartites, des consignes sur la tarification de l’intervention minimale en cheptel allaitant. Ce tarif, fixé à 6 AMO, correspond à l’heure de travail nécessaire à la réalisation de :
* la prise de rendez vous, préalable à l’intervention,
* la visite en exploitation,
* le tri des animaux rentrant dans l’échantillon défini par l’Afssa,
* la réalisation des 10 prélèvements minimaux,
* l’étiquetage des tubes de prélèvements,
* la préparation des colis d’expédition.
Devront s’ajouter le ou les déplacements nécessaires, ainsi que les honoraires habituels concernant les prises de sang pour les bovins au delà du dixième et permettant d’atteindre la réalisation des 20 % réglementaires.
L’importance des mesures collectives de lutte contre les maladies non réglementées se trouve renforcée par les conséquences des modifications de la prophylaxie de la brucellose. L’IBR, le BVD ou la paratuberculose deviennent souvent l’enjeu principal du dépistage annuel. Nous ne doutons pas que notre profession saura s’y adapter.

Pierre BUISSON
Vice-président du SNVEL