Je commence donc la césarienne. Les efforts expulsifs de la génisse sont très importants et la génisse tente à plusieurs reprises de se coucher... Le péritoine à peine ouvert, la génisse tombe sur son côté droit (j'ouvre à gauche) et ne parvient pas à se relever malgré nos sollicitations. Je continue donc la césarienne. J'ouvre l'utérus à l'aveugle, de "l'autre côté de la vache", à bout de bras et difficillement , car le veau n'est pas situé du "bon" côté.

J'attrape les membres postérieurs et les emmène à ma plaie de laparotomie. Après fixation des lacs aux membres postérieurs, l'éleveur m'aide à sortir le veau...

Malheureusement, nous ne parvenons pas à sortir le veau. Il est bloqué à mi-thorax et il nous est impossible de le débloquer. Entre temps et conjointement à nos efforts et vociférations pour débloquer le veau, la vache tente de se relever et s'écroule du côté de la plaie...!

Il est urgent de sortir de ce mauvais pas. De mon côté, je tente de réduire la contamination de l'utérus et du rumen déjà à moitié sorti par les efforts expulsifs de cette génisse qui commence à m'énerver. Je demande à l'éleveur de fouiller par voie vaginale afin de repousser le veau mais celui ci est sérieusement bloqué et refusé de reculer. Après de longues minutes et de nouvelles tentatives, j'abandonne utérus et rumen dans la paille et la litière souillée pour essayer de repousser ce satané veau !

Il est effectivement bien incarcéré. Après quelques tentatives infructueuses, je prends appui dans la '"chaîne de curage" (les vaches étaient à l'attache) et puisse dans mes dernières forces en m'aidant des mes quadriceps particulièrement développés. Le veau se débloque et nous arrivons à le sortir.

Reste le problème de la mère... Nous la retournons sur son côté droit, non sans mal. Je demandes des torchons, beaucoup de torchons propres, ainsi que des draps et un grand nombre de seaux d'eau tiède que j'additionne d'antiseptiques. Je dispose les torchons afin de réduire la contamination de la cavité abdominale et procède à un lavage en bonne et dûe forme des viscères souillés, à grande eau. Je réintègre la rumen à sa place et m'occupe de la plaie utérine, une longue plaie hémorragique pas vraiment sur la grande courbure... En cours de suture, un de mes patrons, que j'avais appellé entre temps, arrive me prêter main forte. Cela me permet de me calmer, de reprendre mes esprits pour finir la césarienne dans de meilleures conditions... Une fois la césarienne terminée , je rentre retrouver Caroline, tout penaud. Pour infos, la vache a été vue le lendemain et placée sous la protection d'une antibiothérapie large spectre. Elle présentait quelques coliques, sans gravité. D'ailleurs, les suites furent normales à ma grande surprise.

Après césarienne épique, je passe la soirée à la maison et ne suis pas dérangé par d'autres appels. Je vais donc me coucher, vers 23h en réglant mon réveil pour le lendemain, 6h00...

Je suis réveillé par le téléphone à 01h30 : vêlage chez le client le plus éloigné de la clientèle ! Je m'habille, enfile mes bottes et rejoint ma voiture, garée à l'extérieur. Elle est recouverte d'une épaisse couche de neige et celle-ci tombe encore à gros flocons serrés. La route n'est pas déneigée et m'oblige à une grande prudence. De plus, la vision est quasi nulle, la densité de la neige m'hypnotise, m'abrutit et je manque de m'endormir à plusieurs reprises (j'ai la facheuse tendance à m'endormir au volant...). J'arrive enfin à la ferme, il est un peu moins de 02h30...

Le veau est trop gros et je fais une césarienne avec quelque appréhension... Et si j'étais victime d'une malédiction ? Heureusement, la césarienne se passe sans complication et je rentre chez moi serein, même si la césarienne de début de soirée me laisse un goût amer.

En montant me coucher, je regarde ma montre : il est un peu plus de 04h30. Le réveil est prévu à 06h00 et j'ai une thèse à soutenir le lendemain...